Antibiotiques et résistances bactériennes

Résistance bactérienne individuelle induite par une antibiothérapie de première intention : revue systématique et méta analyse

Résumé d’une étude publiée par le British Medical Journal.
Références :
BMJ 2010 ;340 :c2096
Auteurs : Ceire Costelloe, research associate, Chris Metcalfe, senior lecturer in medical statistics, Andrew Lovering, consultant clinical scientist, David Mant, professor of general practice, Alastair D Hay, consultant senior lecturer in primary health care.
Titre original: Effect of antibiotic prescribing in primary care on antimicrobial resistance in individual patients:
systematic review and meta-analysis.

La progression des résistances bactériennes constitue un problème de santé publique majeur, aggravé par la pénurie de nouveaux agents anti-infectieux. Il en résulte que certaines infections, auparavant mineures, deviennent de plus en plus difficiles à traiter. L’utilisation inappropriée des antibiotiques favorise l’apparition de ces résistances. Des initiatives nationales et internationales tentent de promouvoir le bon usage des antibiotiques. Pour que ces démarches aient un impact sur les prescripteurs il faut apporter la preuve scientifique que, chez chaque patient, la prise d’antibiotique génère des résistances.

Les modes de prescription antibiotique en première intention varient considérablement d’un pays à l’autre et dans un même pays. Il serait théoriquement possible de réduire les excès mais on se heurte fréquemment à un refus. Le patient ignore souvent tout des résistances et pense qu’il guérira plus vite grâce aux antibiotiques. Le praticien estime que la résistance consécutive à l’antibiothérapie de première intention est purement théorique ou négligeable. Le clinicien considère également que les conclusions des études conduites sur des populations ne s’appliquent pas à son malade. Il est donc nécessaire de démontrer que, chez chaque patient, la prise d’antibiotique fait apparaître des germes résistants.

Les sources documentaires de la méta analyse proviennent de l’interrogation des bases de données suivantes : Medline, Embase et Cochrane.
A partir de mots clés, les auteurs ont listé 4373 publications mais n’en ont retenu que 24 pour la pertinence de leurs résultats.

Les auteurs démontrent que lorsqu’un patient est traité par une antibiothérapie de première intention pour une infection respiratoire ou urinaire, les bactéries développent systématiquement une résistance à l’encontre de l’antibiotique prescrit. Le degré de résistance est maximum pendant les deux mois qui suivent la prise de l’antibiotique puis il décroît progressivement sur une période de un an.
La méta analyse montre également que le degré de résistance est proportionnel à la durée du traitement antibiotique et au nombre de périodes de prescription. Par contre, le degré de résistance n’est pas lié au type d’antibiotique prescrit.
Les patients traités par antibiothérapie deviennent une source de germes résistants transmissibles à d’autres personnes ce qui induit inévitablement un accroissement des prescriptions de seconde intention au sein de la population générale.

Enfin, les auteurs concluent ainsi :
Ce que l’on savait.
Au niveau mondial, la majorité des antibiotiques prescrits le sont en première intention.
De nombreux pays ont réduit leur consommation antibiotique mais il persiste encore de grandes variations d’un pays à l’autre
Beaucoup de praticiens et de patients pensent que la résistance bactérienne n’est pas un motif de réduction de la consommation antibiotique.
Ce que l’on doit retenir de cet article.
L’antibiothérapie de première intention délivrée pour une infection urinaire ou respiratoire induit chez chaque patient une résistance bactérienne.
L’antibiothérapie de première intention entraîne une résistance bactérienne qui peut persister pendant 12 mois
Plus le nombre et les durées de prescriptions antibiotiques sont élevés, plus le patient est porteur de bactéries résistantes.