Syndrome du biberon

Dr A. Delamare Chirurgien dentiste / odontologie pédiatrique.

annedelamare1953@yahoo.fr

Mots clés: polycaries / jeune enfant.

Le syndrome du biberon

Se manifeste par des polycaries chez le très jeune enfant, entre 2 et 4 ans, dans un contexte affectif perturbé.

Ses conséquences sont lourdes d’une part au plan buccal avec une destruction rapide des dents temporaires par la carie et d’autre part au niveau de l’état général affecté par un déséquilibre nutritionnel.

La cause en est une exposition permanente des dents de lait à des substances cariogènes saturées en saccharose, jus de fruits, sirop, soda…etc. Les parents sont responsables de cet état soit parce qu’ils ont une attitude de sur-protection, soit parce qu’ils achètent leur tranquillité en gavant leur enfant de sucre raffiné.

Le développement rapide des caries résulte d’une convergence de plusieurs facteurs

facteurs anatomiques :
L’émail des dents temporaires est plus mince que celui des dents permanentes, sa résistance est amoindrie face aux attaques acides des bactéries de la plaque dentaire
La forme globuleuse des couronnes des dents de lait et l’importance des surfaces de contact proximales rendent difficile le nettoyage.
facteurs physiologiques :

Le jeune enfant dort en moyenne 15 heures par jour. Pendant le sommeil, le débit salivaire diminue de 90 % ce qui a pour conséquence de supprimer l’action mécanique de nettoyage de la salive. Le pouvoir tampon est également affecté par cette forte diminution du flux salivaire.
facteur bactérien :

La nature infectieuse du processus carieux a été démontrée par de nombreux auteurs. Le métabolisme des sucres par les bactéries présentes dans la cavité buccale produit de l’acide lactique qui détruit les tissus minéralisés de la dent. Les deux familles de germes à l’origine du syndrome du biberon sont les lactobacilles et les actinomyces. Les streptocoques apparaissent dans un deuxième temps et contribuent à la progression rapide des caries.

L’enfant présente généralement 4 stades d’évolution

Stade 1 : apparition de taches de déminéralisation sur 51, 61, 52 et 62.
Stade 2 : colorations brunes cervicales et proximales sur 51, 52, 54, 61, 62, 64, 74 et 84.
Stade 3 : atteinte dentinaire profonde de 51, 52, 61, et 62.
Stade 4 : perte tissulaire importante sur 51, 52, 61, et 62.
La présence de dentine jaune et molle signe l’évolution rapide de la carie. L’infection pulpaire aboutit souvent à une fistule vestibulaire. L’extension de la carie à tout le collet de la dent peut provoquer une fracture coronaire.

Le groupe incisivo canin inférieur est peu ou pas atteint par la carie.

Le diagnostic différentiel doit être fait avec la dentinogénèse et l’amélogénèse imparfaites ainsi qu’avec la mélanodontie infantile de Beltrami.

syndrome du biberon

Le traitement

vise d’abord à diminuer la  » saccharomanie  » et à contribuer à rétablir des rapports affectifs normaux. Il ne faut pas culpabiliser les parents mais leur expliquer le danger de cette conduite addictive.

L’alimentation liquide est remplacée par des aliments solides au fur et à mesure de la réhabilitation buccale qui doit commencer le plus tôt possible.

Le praticien peut donner quelques conseils de diététique. Les sucres raffinés sont remplacés par des sucres lents. Le pain est un aliment recommandé ; il stimule le parodonte et rétablit une fonction masticatrice normale. Les sucres rapides sont donnés sous forme de fruits frais.

Si le traitement est conduit à son terme, le suivi de l’enfant est indispensable pour maintenir les résultats acquis :

conseils d’hygiène et de brossage à l’aide d’un dentifrice fluoré
visite de contrôle tous les 6 mois
scellement des puits et sillons des premières molaires permanentes dès la fin de leur éruption.
application topique de fluor
En conclusion, le traitement du syndrome du biberon comporte trois étapes indissociables :

– Modifier les comportements

-Traiter les caries

– Assurer la prévention.