Orthodontie en denture mixte

L’orthodontie en denture mixte : simplicité et stabilité.

Dr A. DELAMARE / Chirurgien dentiste / orthodontie/ odontologie pédiatrique
annedelamare1953@yahoo.fr

Le dépistage précoce des anomalies d’occlusion et d’alignement s’effectue généralement au cours de soins dentaires pédiatriques.

Le praticien peut diagnostiquer :
-une déglutition primaire souvent associée à des troubles du développement de la sphère orale: endoalvéolie, proalvéolie maxillaire, supraclusie incisive, béance antérieure
-une insertion trop basse des freins labiaux
-un frein lingual trop court qui bloque la langue en position basse
-un encombrement dentaire à l’origine de malpositions voire d’une proalvéolie maxillaire

Une bonne connaissance de la physiologie oro-faciale, permet d’orienter la croissance dans la bonne direction à l’aide d’une part d’actes chirurgicaux simples et d’autre part d’appareillages peu contraignants et peu coûteux.

Le résultat obtenu est généralement stable. Lorsque le patient atteint le stade de denture adulte jeune il ne reste qu’à surveiller l’évolution des germes des dents de sagesse. En clair, aucune contention n’est nécessaire puisque les dents sont guidées dans leur couloir d’équilibre musculaire.

La logique thérapeutique est la suivante :

1° Extraction des incisives temporaires lorsqu’elles persistent après l’éruption des incisives définitives : il s’ensuit une nette amélioration de l’alignement du bloc incisif.

2° Correction des troubles occlusaux du sens transversal à l’aide d’un appareillage amovible qui ne complique pas l’hygiène dentaire.

3° Prescription d’un bilan orthophonique avec si nécessaire 12 séances de rééducation de la déglutition. Cette rééducation peut être complétée par une cage à langue fixée sur un appareil amovible qui ramène la langue vers sa position idéale et conforte le nouveau réflexe à acquérir.

4° Alignement des blocs incisifs supérieur et inférieur à l’aide d’un appareillage amovible type plaque de Hawley. Les dents encore immatures s’alignent facilement tout en conservant leur axe propre.

5° Si l’espace nécessaire est insuffisant, on envisage les extractions pilotées des premières prémolaires (14,24,34,44). Ces extractions pratiquées dès la chute des premières molaires temporaires, laissent le champ libre aux canines définitives et évitent leur éruption ectopique dans le vestibule.

6° Une fois l’alignement dentaire acquis,il y a lieu de corriger les troubles du sens sagittal :
On peut en denture mixte utiliser un activateur de croissance pour traiter la classe II, type Bionator 2 ou plaque de Hawley avec plan propulseur .
Sinon, il est possible d’attendre le pic pubertaire de croissance pour utiliser une force extra-orale avec appui cranien sur gouttière de Philippe. Nous sommes alors en denture jeune adulte. Ceci doit se faire avant l’éruption des dents de12 ans.
Cas particulier de la classe III :
Le trouble sagittal de type classe III doit être pris en charge très précocement, surtout s’il s’accompagne d’un articulé incisif inversé. Un enfant est susceptible d’accepter un appareil dès l’âge de 4 ans. L’objectif est, une fois le frein lingual vérifié, de changer la direction de croissance de la mandibule. On utilise une plaque amovible type Hawley avec des plans de surélévation épais. On peut également envisager un Bionator de type 3.

7° La proalvéolie maxillaire peut être la manifestation clinique d’une dysharmonie-dento-maxillaire. Si elle est trop importante on ne pourra la réduire qu’à l’aide des extractions des deuxièmes prémolaires maxillaires (15,25). Les espaces d’extraction seront fermés à l’aide d’une gouttière partielle antérieure de Philippe avec appui crânien.

8° Le sens vertical peut se gérer de deux façons : un plan rétroincisif épais qui suscite une égression molaire inférieure ou une gouttière antérieure de Philippe avec appui crânien haut.

Conclusion :
Toutes ces méthodes nécessitent des appareillages simples, peu contraignants et peu coûteux. Il n’y a pas de contention. Les traitements n’ont aucun effet iatrogène à la différence d’autres méthodes plus agressives qui induisent parfois des résorptions radiculaires ou des mortifications dentaires et un résultat nécessitant une contention très longue.
Le traitement précoce de la classe III évite la chirurgie orthognathique.